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CRITIQUE DE L’AUTOBIOGRAPHIE DE MALCOLM X PDF Print E-mail
Written by Patricia Turnier   
Monday, 13 June 2022 16:12

 

Cette brillante et percutante autobiographie a été rédigée par le fameux auteur et journaliste Alex Haley. Il dresse le portrait de Malcolm X (El-Hajj Malek El-Shabazz (en arabe: الحاج مالك الشباز) qui ne portait pas de masque blanc, concept popularisé par le défunt célèbre psychiatre Dr Fanon. Malcolm X dénonçait ouvertement et sans ambages les discriminations subies par le peuple noir. Il était contre la compromission et ne se gênait pas pour dénoncer les oncles Tom de son époque ainsi que la duplicité des gens prétendant être les alliés des Noirs. Il faisait porter la responsabilité aux ennemis des Afro-Américains. Dans le livre, les lecteurs découvriront sa transformation ainsi que son paradigme s’appuyant sur une vision panfricaniste notamment renforcée suite à ses voyages en Afrique et au Moyen-Orient. Malcolm X était personnage intrépide, résilient, fascinant et complexe car après s’être retrouvé dans la déliquance, il s’est converti au sein du milieu carcéral en un autodidacte et tribun. En sus, il a adopté l’Islam en tant que nouvelle religion pour devenir un prédicateur et activiste. Malcolm X a su aussi se transformer sur le plan personnel. Il s’est marié et est devenu un père de famille. Il aimait profondément sa femme et ses enfants.

Cette autobiographie s’avère essentielle pour saisir l’histoire des Noirs Américains à travers les yeux de Malcolm X durant la période ségrégationniste. Il avait une vision pour la cause des Afro-Américains et avait compris que le problème était de l’ordre des droits humains plutôt que des droits civiques. Selon cette analyse, il avait la ferme intention durant les années 60 d’amener le dossier des Noirs Américains aux Nations Unies afin que ce soit internationalisé. Il s’agit probablement de la réelle raison pour laquelle il a été assassiné le 21 février 1965. Il n’était malheureusement plus vivant lorsque son autobiographie a été publiée et il pressentait d’ailleurs qu’il ne vivrait pas longtemps.

Plusieurs thèmes sont abordés dans l’ouvrage, à titre d’exemples: sa position militantiste, sa vision de la non-violence (ses limites, son magnanisme…) prônée par son contemporain Dr Martin Luther King, son adhérence à l’autodéfense des Noirs, le séparatisme racial, ses opinions sur la politique étrangère des États-Unis de l’époque et les politiciens de son temps tels que Kennedy, ses vues sur l’intégration et le tokénisme1 qui peut en découler, l’importance de l’autodétermination des Afro-Américains, la fierté raciale des Noirs contrant le mythe de leur infériorité, la signification symbolique de la lettre X, l’importance du retour psychologique des Afro-Américains vers l’Afrique, l’holocauste noir. Les symptômes du racisme n’intéressaient pas Malcolm X, il s’attaquait aux causes, en d’autres mots aux racines de cette gangrène. Il détenait des connaissances hors du commun car il savait ce qui se passait à tous les niveaux de la société américaine. En tant qu’ancien proxénète ayant acquis un savoir étendu sur divers sujets, il avait l’intelligence intellectuelle et de la rue.

Les lecteurs découvrent l’évolution de Malcolm X notamment suite à sa visite à la Mecque où l’activiste se rendu compte qu’il existait des musulmans de races diverses priant paisiblement le même dieu. Cette expérience lui a élargi les horizons et il a partagé cela dans ses mémoires. Plus tard, il s’est dissocié de la Nation d’Islam pour fonder en 1964 l’Organization of Afro‐American Unity (OAAU) inspiré de l’OUA (organisation de l’unité africaine). L’OAAU visait à unir l’ensemble des Noirs américains sans distinction des appartenances religieuses et/ou politiques.

Il importe de noter qu’Haley avait un grand respect pour la famille de Malcolm X. Il a fait en sorte que 50% des redevances de son livre soient versées à la veuve Dr Betty Shabazz. Haley a dit que Malcolm X lui a appris l’importance de l’auto-discipline ce qui lui a permis d’écrire son premier ouvrage, l’autobiographie de cette personnalité. Cette expérience a tracé le chemin pour qu’il rédige plus tard Racines, le succès international adapté en téléfilm.

Il faut mentionner que le fameux biopic de Spike Lee Malcolm X datant de 1992 a été inspiré de son autobiographie. Denzel Washington a joué brillamment le rôle du prédicateur et aurait mérité un Oscar pour son interprétation. Le feu James Baldwin (un ami de Malcolm X) fut la première personne approchée par Hollywood pour faire le long métrage. Il s’était même rendu à Los Angeles en 1968 pour rédiger le scénario. Toutefois, ce projet s’est concrétisé des décennies plus tard avec le réalisateur Spike Lee. Ce retard s’explique notamment par le fait que la société américaine Columbia Pictures qui avait mandaté Baldwin d’écrire le scénario souhaitait que des changements soient faits ce dont l’essayiste avait refusé car il importait pour lui de respecter la mémoire de son ami. Finalement, son scénario a pris la forme d’un livre intitulé One Day, When I Was Lost: A Scenario (traduction littérale: un jour, lorsque j’ étais perdu: un scénario).

En guise de conclusion, la profonde autobiographie de Malcolm X relate ses débuts lorsqu’il est devenu orphelin de père (assassiné par le Ku Klux Klan durant les années 20) adepte de Marcus Garvey jusqu’à ses derniers accomplissements tels que la création de son organisation OAAU avant son décès. Les nombreuses entrevues menées par Alex Haley constituent l’assise du livre.

L'autobiographie de Malcolm X est disponible sur www.amazon.ca et .fr

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1 Il s’agit d’un néologisme et anglicisme consistant en une pratique utilisée dans le but d’effectuer des efforts symboliques d’inclusion avec des groupes minoritaires afin d’éviter des accusations de discriminations.