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Entrevue Exclusive avec Robert Allicock: Le Coiffeur des Stars PDF Print E-mail
Written by Patricia Turnier   
Monday, 19 December 2011 11:44

Né à la République coopérative de Guyana, Monsieur Allicock est reconnu comme l’un des plus importants coiffeurs au monde. Il est très polyvalent car il peut coiffer des gens d’origine diverse: africaine, européenne, etc. Il a travaillé pour plusieurs vedettes telles que Queen Latifah, l’équipe de la comédie de situation The Cosby Show, Vanessa Williams, Kerry Washington, Denzel Washington, etc.
 
Il a œuvré en tant que coiffeur pour divers films: The Bone Collector, Love Song, Abandon, etc.  Plusieurs magazines ont fait mention de son travail notamment Essence, Panache, Share ainsi que le Who’s who in Black Canada (de Dawn P. Williams).

Il a rédigé différents articles en tant qu’auteur indépendant spécialisé dans le domaine de la coiffure pour le journal montréalais Community Contact. Nous l’avons rencontré dans son Salon à Montréal pour cette entrevue exclusive. 

La rédactrice en chef Patricia Turnier a recueilli les propos de cette entrevue en anglais et les a traduits en français.  La présente entrevue a été diffusée en anglais au Canada et en français en Europe en 2008. 

P.T. Quel âge aviez-vous lors de la découverte de votre passion pour la coiffure? Est-ce que votre famille ou votre entourage vous a supporté pour devenir coiffeur ou est-ce qu’on vous a plutôt encouragé à vous diriger vers une profession libérale considérée comme un avenir assuré?
 
R.A. J’avais environ 22 ans lorsque j’ai découvert ma passion pour la coiffure. Mais en tant qu’homme noir, mes parents n’étaient pas d’accord pour que je fasse partie de cette industrie. Ils souhaitaient que je devienne un médecin ou un avocat. Ils voulaient que j’obtienne un emploi de 9 à 5 accompagné d’un revenu stable. En grandissant, je me souviens du fait que mes grands-parents possédaient leur propre entreprise. J’ai donc rappelé à mes parents que mes grands-parents étaient des entrepreneurs. 

En ce sens, ils vendaient du papier et d’autres choses.  Ils se débrouillaient très bien. Je crois que le sens entrepreneurial fait partie de ma famille, c’est dans notre sang. J’ai travaillé dans une banque pendant douze ans. Mais lorsqu’on devient plus vieux, on doit accomplir notre rêve, concrétiser notre passion.
 
P.T.  Et écouter notre cœur
 
R.A.  Il faut sans aucun doute écouter notre cœur. Et j’ai décidé qu’il était temps de mener une vie authentique répondant à mes aspirations. Par conséquent, j’ai fait le choix de passer à l’action. Mes parents n’étaient toujours pas d’accord lorsque j’ai voulu à l’âge de 35 ans procéder à un changement de carrière mais je leur ai expliqué qu’il s’agissait de ma vie. Maintenant, ils sont contents. Cela fait treize ans maintenant que j’ai ouvert mon salon (en 1995). Ils sont très fiers de mes accomplissements. J’ai eu 13 années de bénédiction.
 
P.T.  Pouvez-vous partager avec nous votre parcours migratoire de la République Guyana au Canada sur le plan personnel (si vous le souhaitez) et professionnel?
 
R.A.  Je suis arrivé au Canada en 1982. Avant, j’avais visité Toronto à quelques reprises en vacances mais je suis tombé sous le charme de Montréal lors de ma première visite. Je me sens accueilli ici, à l’aise malgré la barrière de la langue en ce qui me concerne (1). J’adore la chaleur des Montréalais et je me sens chez moi. Une fois installé dans cette ville, j’ai commencé à travailler au "Black Theatre Workshop" en tant qu’administrateur et suite à cela j’ai obtenu une position permanente à la banque Nova Scotia. Durant cette période, j’ai pris des cours dans le domaine des affaires à l’Université Concordia. J’ai également fréquenté le Collège Inter-Dec où j’ai pris mon premier cours de coiffure. J’adore la ville montréalaise. Je suis satisfait également de ma vie personnelle. Je suis fier d’être le père de deux fils adolescents (provenant de Guyana) que j’ai adoptés. Je suis monoparental.
 
P.T.  En quoi votre culture de l’Amérique latine a contribué de façon bénéfique à votre carrière?
 
R.A.  Je me suis très bien intégré à la communauté noire anglophone de Montréal. J’ai apporté mon propre style et ma saveur dans la communauté. J’ai fait partie du conseil d’administration dans la communauté noire de Côte-des-Neiges pendant plusieurs années en tant que trésorier.J’ai participé à plusieurs événements. Je me suis impliqué dans les écoles où j’ai parlé aux jeunes de la communauté. J’essaie d’être un modèle notamment pour les enfants noirs. J’ai participé aux différentes activités organisées par des camps. Je tente d’encourager le domaine entrepreneurial dans la communauté noire. Je leur mentionne que j’ai été capable de le faire et que cela a très bien fonctionné pour moi. Ils peuvent très certainement suivre cette voie avec succès.
 
P.T.  Avez-vous eu la chance d’avoir un mentor qui vous a appuyé sinon qui vous inspire?

R.A.  Je n’ai pas eu un mentor personnel dans mon domaine mais je peux dire qu’Oprah Winfrey est une femme qui m’inspire assurément grâce à ses actions, aux choses qu’elle raconte et à son grand cœur. Elle est mon mentor. J’écoute son show autant que possible. Je lis les bouquins qu’elle recommande. Je l’admire beaucoup.                      

 

 
P.T.  Quels ont été les obstacles rencontrés en tant que coiffeur et entrepreneur? Quels moyens avez-vous pris pour les surmonter?
 
R.A.  Je peux réellement dire que je suis béni. Depuis mon arrivée à Montréal, les choses ont très bien fonctionné pour moi. Tel que je l’ai mentionné précédemment, j’ai obtenu mon premier emploi au "Black Theater Workshop" en tant qu’administrateur. Suite à cela, j’ai directement travaillé pour la Banque Nova Scotia. Je n’ai jamais vécu le chômage. J’ai ouvert mon salon en 1995 avant de laisser mon travail à la banque en 1997. J’ai occupé les deux emplois à temps partiel pendant deux ans avant de me consacrer entièrement à la coiffure.   Concernant ce domaine, j’ai eu des défis à relever. Trouver un bon employé permanent constitue l’une des choses les plus difficiles au sein de cette industrie. Je n’apprécie pas le fait qu’il n’y ait aucune régulation et qu’on assiste à un manque de contrôle au niveau de la qualité des services dans cette sphère. N’importe qui peut décider dans notre communauté d’ouvrir un salon si le besoin se fait sentir. Il n’existe pas un corps professionnel ou une corporation. Personnellement, je souhaite établir une structure dans la communauté noire. Il s’agit d’une industrie d’un milliard de dollars (au Canada) et personne n’y prête attention. Il s’agit d’un revenu considérable au niveau mondial.
 
Je peux ajouter qu’il importe de croire en soi et en la possibilité de rencontrer le succès dans l’industrie de la coiffure. Je suis un homme qui a toujours aimé se surpasser. Je m’assure d’offrir ce qu’il y a de mieux dans tout ce que j’entreprends. Ainsi, j’ai reçu une éducation dans ce domaine au Canada et j’ai pris plusieurs cours dans le champ de la coiffure aux États-Unis notamment à Atlanta, New York et Los Angeles. Ceci m’a permis de me démarquer dans ma profession. Je suis un perfectionniste. Je m’y prends donc de cette façon pour surmonter les obstacles. On doit se tenir au courant des nouvelles tendances et il faut toujours se rappeler qu’il y aura un lendemain même si l’on a eu une journée infructueuse.

P.T.  Avez-vous eu à faire face aux préjugés dans votre domaine et parmi vos connaissances étant donné que la coiffure est un champ particulièrement féminin?
 
R.A.  J’ai eu à faire face aux préjugés typiques. Par exemple, les gens ont tendance à penser que les coiffeurs sont gay ce qui n’est pas nécessairement le cas. Je ne me suis pas laissé affecter par cela. Ironiquement, les hommes se débrouillent extrêmement bien dans cette profession même s’il existe plus de coiffeuses. Les plus grandes entreprises appartiennent aux hommes qu’il s’agisse de la mise sur pied d’un salon, de la création d’une ligne de produits ou dans les coulisses du domaine cinématographique. J’ai observé que plusieurs femmes préfèrent se faire coiffer par des hommes. Toutefois, je reconnais sans équivoque l’insigne contribution des dames dans cette sphère. Ceci apporte un équilibre intéressant entre les genres dans l’industrie.
 
P.T.  Vous avez travaillé avec des vedettes telles que Vanessa Williams, Queen Latifah, les acteurs du Cosby Show. Comment avez-vous créé un solide réseau de contacts et une ascension rapide vous permettant de travailler avec les gens faisant partie du summum du show business américain?
 
R.A.  La première personne avec qui j’ai travaillé fut l’actrice Angela Bassett. Elle est venue à Montréal pour faire la promotion du film How did Stella got her groove back. Elle était ici pour faire une présentation au sein des médias. On m’a demandé de passer la journée avec elle, de prendre soin de ses cheveux pour s’assurer qu’elle paraisse superbe devant les caméras. Les portes se sont ouvertes pour moi suite à cela. Mon nom a circulé rapidement au sein du milieu artistique. Lorsque les autres actrices afro-américaines venaient à Montréal et avaient besoin d’un coiffeur, mon nom figurait toujours en premier sur la liste. J’ai décroché de la même façon mon premier contrat cinématographique avec Queen Latifah pour le film The Bone Collector. Ceci m’a permis de devenir membre d’un syndicat et cela a facilité le fait de trouver du travail dans le domaine du cinéma.
 
P.T.  Alors, il s’agit réellement d’effectuer un excellent travail parce que si ce n’était pas le cas vous n’auriez pas pu vous construire un solide réseau de contacts. Vous avez une crédibilité dans l’industrie du show business.

R.A.  C’est définitivement la chose la plus importante, faire un travail de qualité et être professionnel. La plupart des contrats cinématographiques fonctionne par référence. Cela va de soi.

 
P.T.  Quel fut le plus grand moment de fierté dans votre carrière et pourquoi?
 
R.A.  L’un des moments qui me rend le plus fier concerne l’inauguration de mon salon en septembre 1995. A l’époque, mes amis et ma famille m’ont dit que ce n’était pas la bonne période pour se lancer dans ce domaine car l’économie paraissait incertaine.
 
En dépit des propos de mon entourage, j’ai décidé d’ouvrir mon salon. Ce fut une belle inauguration. Ma famille et mes amis étaient présents. D’autres personnes ainsi que des étrangers sont venus me féliciter, c’était super. Je me suis dit que les portes de mon salon resteront toujours ouvertes.

P.T.  Vous étiez confiant.
 
R.A.  Oh, oui vraiment confiant. Mes années au salon sont réellement une bénédiction. J’ai eu d’autres moments merveilleux: travailler avec Queen Latifah et Denzel Washington.
Lorsque j’ai obtenu ces contrats, je me suis dit WOW. Je savais que je pouvais réussir en dépit de l’opinion des autres. J’étais confiant d’avoir fait le bon choix.
 

P.T.  Pensez-vous que le domaine de la coiffure est assez reconnu dans l’industrie du show business? Par exemple, dans la sphère cinématographique, on fait un excellent travail créatif requérant beaucoup d’ouvrage.
 
On doit effectuer également de nombreuses recherches toujours dans le champ de la coiffure notamment en ce qui a trait aux films historiques. Croyez-vous que créer aux Oscars une catégorie spéciale pour le coiffeur de l’année concernant les meilleurs films serait une bonne idée et une façon intéressante de donner une reconnaissance?
 
R.A.  Je crois qu’il s’agit d’une excellente idée puisque les nouvelles tendances proviennent notamment des films, des vidéos, etc. Si l’on a le meilleur maquillage, un sublime costume mais des cheveux qui laissent à désirer, on ne paraîtra pas bien du tout (rires). En d’autres mots, le look malgré le reste des accessoires est incomplet sans une belle coiffure. 
 
P.T.  Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui aspirent à devenir un coiffeur professionnel et un entrepreneur?
 
R.A.  Ils doivent savoir qu’ils pénètrent dans une merveilleuse industrie qui peut être très gratifiante. Il ne s’agit pas d’être un décrocheur (2) pour devenir coiffeur. Certains comme moi, ont choisi de faire partie de ce domaine par amour et par passion. Il est super d’appartenir à l’industrie noire la plus prolifique au Canada. On ne possède pas les supermarchés par exemple mais nous avons les salons de coiffure pour les Noirs qui sont reconnus à un point tel qu’on a créé au Canada la série populaire “The Kink in my hair” (la crêpure de mes cheveux) sur la chaîne Global TV tous les dimanches.
 
Cette série parle du fait d’être le propriétaire et entrepreneur d’un salon pour les Noirs. Par conséquent, il s’agit d’une sphère où l’on peut laisser un legs si l’on s’y prend de la bonne façon. Il importe d’accorder de l’attention aux détails concernant la qualité du travail et du service que l’on offre. Ainsi, les jeunes doivent apprendre l’aspect entrepreneurial de ce champ. Ils doivent fréquenter l’école à cet effet et acquérir de l’expérience tout en prenant des cours dans le domaine des affaires. Il existe de plus en plus de travailleurs autonomes. L’époque où les gens œuvraient pour des grosses corporations est pas mal révolue. Nous assistons à beaucoup de mises à pied. Dans notre communauté, nous devons voir l’industrie de la coiffure comme une sphère entrepreneuriale, pragmatique et professionnelle. Il ne s’agit pas d’un passe-temps. On peut être indépendant, avoir un bon salaire, de belles vacances et une belle maison.

P.T.  Merci M. Allicock pour cette entrevue et pour le partage de votre riche expérience. Ce fut un honneur de vous interviewer!
 
Robert Allicock en résumé:
 
Éducation:
 
Collège Inter-Dec, Montréal, 1996

Dudley Cosmetology U. & Advanced Training Academy, 1995

Prix :
 
SIFA Hair Awards, 1997: Coiffeur international de l’année
SIFA Hair Awards, 1998: Coiffeur canadien de l’année
 
Films
 
-1999 The Bone Collector, Queen Latifah
-2000 Love Song, Vanessa Bell Calloway
-2002 Abandon, Gabrielle Union
-2003 The Human Stain, Kerry Washington
-2005 Kings Ransom, Donald Faison
Roger R. Cross
Ingrid Hart
Lisa Marcos
Leila Arcieri

Salon Robert Allicock:
 
3541 avenue Swail,
Montréal, PQ
H3T-1P5
Canada

Tél: 514-344-0842
Fax: 514-344-8149
 
Pour contacter Robert Allicock:
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(1) : Monsieur Allicock parle surtout anglais
(2) : Vocable utilisé au Canada pour désigner un élève quittant l’école avant la fin de la scolarité obligatoire