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Critique du livre: Désirer la violence PDF Print E-mail
Written by Patricia Turnier   
Saturday, 01 August 2026 13:04

L’auteure, Chloé Thibaud présente une analyse brillante des représentations des femmes dans les séries télévisées et les films.  Elle traite de divers thèmes:  les mythes du viol (dans la majorité des cas, les victimes connaissent leurs agresseurs, ce qui est rarement montré dans les films, par exemple).

Il est arrivé que les viols dans les films et les séries télévisées soient présentés de façon irréaliste et irresponsable en montrant la victime atteinte du syndrome de Stockholm par rapport au lien qu’elle entretient avec son assaillant.  La plupart du temps, on ne montre pas les conséquences psychologiques des victimes suite au viol, comme l’amnésie traumatique, etc.  La complexité de ce drame est ainsi souvent occultée et/ou niée.

Par ailleurs, dans son bouquin, l’autrice soulève un point troublant, à savoir qu’on aurait observé que les films de viols et vengeances semblent populaires puisqu’ils représentent la manière fantasmée dont les hommes réagiraient s’ils étaient à la place des femmes plutôt que de mettre à l’écran le ressenti de ces victimes.  Un renversement de perspective est donc requis.

Thibaud étudie les différents mécanismes d’oppression (liés la représentation des femmes) figurant dans le domaine audiovisuel et va au-delà en analysant les principaux contes comme Blanche-Neige et La Belle au bois dormant (ce dernier normalise le fait de recevoir un baiser non consenti et est susceptible d’avoir une influence sur l’imaginaire des enfants).  Ainsi, dès un très jeune âge, des enfants sont exposés à ce genre d’histoires qu’ils normalisent sans être amenés à se questionner sur le consentement.  Tout un conditionnement est donc mis en place.  L’autrice interroge le formatage auquel nous sommes tous malheureusement exposés.  Il lui arrive aussi d’évaluer des films comme Roméo et Juliette  (avec DiCaprio) basé sur la littérature de Shakespeare.
 
Ces contes suscitent des interrogations concernant comment ces informations sont intégrées dans la psyché des enfants, etc.  On peut aussi se demander jusqu’à quel point dès l’enfance, d’une génération à l’autre, on crée une sorte de lavage de cerveau culturel et collectif et quels sont les impacts dans les rapports de couple.
Les femmes subissent plusieurs injonctions et les représentations médiatiques font partie du problème.  Souvent, la gent féminine est réifiée.  Les différents facteurs et enjeux étudiés dans cet ouvrage permettent de bien cerner cela.
 
Ce livre fascinant peut intéresser les 13 ans et plus.  Il devrait être traduit en diverses langues.   L’essayiste a voulu démontrer comment les représentations cinématographiques et télévisuelles façonnent notre imaginaire et elle a réussi avec des arguments en béton.  Son livre représente un excellent outil pour regarder les productions audiovisuelles avec plus de lucidité car il permet de décrypter tout en déconstruisant de nombreux clichés véhiculés.
 
Le bouquin est aussi original car l’autrice fait des liens entre ce qu’elle a consommé au niveau audiovisuel et les relations toxiques qu’elle a eues avec certains hommes sans se poser en victime.  Ainsi, elle s’autoanalyse tout en étant consciente que les productions cinématographiques et télévisuelles ont une influence sur la vision que l’on peut avoir sur le romantisme et ainsi de suite.  Ces images ont la capacité de forger nos attentes de ce que l’on se fait concernant les couples.  En d’autres mots, elle a compris l’importance d’analyser la culture dans laquelle elle a grandi.  Elle expose dans son livre par exemple comment on romantise des comportements violents en présentant des beaux hommes afin d’excuser leurs comportements déviants, puisque nous vivons dans un monde superficiel accordant beaucoup d’importance à l’apparence physique.  Il arrive que dans certains films et séries télévisées qu’on montre la fille mineure faire des avances à l’adulte, ce qui permet de le disculper même s’il profite de la situation, ce qui est malsain et ne donne pas une vision positive des relations.  Des violences symboliques sont aussi étudiées dans l’ouvrage en nommant des films présentant subtilement des violences économiques.
 
La plupart des films sont réalisés par des hommes (depuis le début du cinéma), le public reçoit donc notamment une perspective masculine plutôt que féministe et cela se voit dans les problématiques comme le viol dans le domaine audiovisuel.  L’autrice s’assume en tant que féministe et n’éprouve aucun problème à prendre position.  On sent qu’elle est une jeune femme de conviction.
 
En bref, le livre offre une très riche analyse des rapports de domination entre les genres dans le domaine audiovisuel.  Ce bouquin peut servir d’outil et de référence afin de regarder les films et les émissions télévisées avec plus de lucidité, de discernement et d’esprit critique.  En sus, à la fin de l’ouvrage, on trouve une bibliographie sélective permettant aux lecteurs de pousser plus loin leurs réflexions sur les représentations genrées.  Il est impressionnant qu’à un si jeune âge, l’autrice, une journaliste féministe, ait pu décrypter des films et séries télévisées ne faisant même pas partie de sa génération.  Elle analyse autant ce qu’elle a consommé depuis son enfance et ce qui s’est fait avant des deux côtés de l’Océan Atlantique, notamment en France et aux États-Unis.  Elle ne se limite donc pas dans sa critique, ce qui rend ses réflexions encore plus complètes.
 

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