Accueil Société La personnalité de Barack Obama : un cas d’école pour la communauté noire au Québec?
La personnalité de Barack Obama : un cas d’école pour la communauté noire au Québec? PDF Print E-mail
Written by Doudou Sow   
Thursday, 24 February 2011 20:28

Le soir de l'élection de Barack Obama comme 44e président des États-Unis d'Amérique, des amis m'ont appelé pour me féliciter de la brillante victoire de ce diplômé de Harvard qui avait fait du changement le thème de sa campagne.  Plus qu'un symbole, cette victoire devenait le début d'une nouvelle ère de conscientisation des jeunes Noirs à travers le monde entier:  puisqu'un Noir a été élu pour diriger une superpuissance mondiale, dans un pays majoritairement blanc et au passé esclavagiste peu glorieux, tout devient possible dorénavant pour la communauté noire partout sur la planète. 

La victimisation et l'attitude défaitiste cèdent subitement la place à l'espoir et au changement de mentalité positive.  Une anecdote significative:  plus tôt dans la journée des élections américaines, j'assurais la permanence à la salle de recherche d'emploi du Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé dans l'arrondissement de Montréal-Nord, qui avait fait la manchette pendant l'été 2008.  J'ai été fasciné de voir à quel point les participants du programme Jeunesse en action étaient intéressés à faire des recherches en ligne sur les biographies de Barack Obama et d'autres personnalités noires historiques comme Martin Luther King et Rosa Parks. 

Ce programme (Jeunesse en action) qui s'adresse aux gens âgés de 18 à 24 ans vivant des difficultés d'intégration au marché du travail à court et moyen terme, vise, entre autres, à briser leur isolement.  Sarah Choukron, conseillère en emploi dudit programme, me racontait ceci:  "Ces jeunes qui ont pour la plupart décroché du milieu scolaire étaient captivés par leurs recherches.  Ils n'ont même pas souhaité prendre la pause durant l'après-midi.  Ce soir là, aucun n'a manqué la retransmission des élections américaines." 

Je me suis dit en ce moment précis que quelque chose venait de se créer et que le parcours exemplaire d'Obama devrait être inscrit dans les programmes scolaires.  À ce titre, sa personnalité serait utilisée comme un levier qui motiverait les jeunes Noirs en difficulté afin de développer leur estime de soi, leur confiance en l'avenir, leur persévérance, le sens du leadership, l'attitude positive et le goût aux études.  Quelle lecture sociologique peut-on faire de l'influence de la personnalité remarquable de Barack Obama sur les Noirs qui ont fait du Québec leur terre d'accueil?

Responsabilité parentale:

Les parents doivent assumer leur rôle d’autorité en retenant plus longtemps les enfants dans le système scolaire. Autrement, le danger qui les guette malheureusement reste la délinquance, le gangstérisme, le trafic de drogue, etc. La famille doit plus que jamais constituer le ciment qui consolide une vision de l’avenir reposant sur la réussite socioprofessionnelle comme gage de l’intégration d’une personne dans une société.

Diplômé de droit de la prestigieuse université Harvard (en 1991), Barack Obama qui est devenu le premier Afro-Américain à diriger la Harvard Law Review, a très bien compris l’importance de l’éducation des jeunes qui incarnent l’avenir de toute une nation. Le jeudi 28 août 2008, devant environ 84 000 personnes qui participaient à la convention démocrate dans l’immense stade de football de Denver (Colorado), il a livré un discours qui a donné un nouveau ton à sa campagne, 45 ans jour pour jour après le célèbre discours "J’ai fait un rêve" du pasteur assassiné Martin Luther King. Sur le thème de l’éducation, Barack Obama affirmait ceci : "Je vais investir dans l’éducation dès la petite enfance. Je vais recruter une armée d’enseignants, les payer davantage et mieux les soutenir. Et en échange, je demanderai des critères plus élevés et plus de responsabilités".

Cette responsabilité, au sens large, exhorte les parents à être plus vigilants dans l’éducation de leurs enfants (contrôle parental au niveau de l’accès à certaines émissions télévisuelles, importance des parents à aider les enfants à faire leurs devoirs à la maison, etc.). Barack Obama a eu la chance d’avoir une grand-mère maternelle qui a financé ses études. Madelyn Dunham, décédée à la suite d’un cancer, l'avait élevé à Honolulu après le décès de sa mère et le départ de son père kenyan du domicile conjugal. « C'est elle qui renonçait à s'acheter une voiture ou une robe pour me permettre d'avoir une vie meilleure. Tout ce qu'elle avait, elle me l'a donné » dira-t-il. Aujourd’hui, sa grand-mère a permis à son petit-fils d’écrire une page de l’Histoire. Grâce à ses talents d’orateur et à l’espoir qu’il suscite, le discours d’investiture du président élu Barack Obama a été suivi par 38 millions de téléspectateurs américains selon l’Institut de recherche Nielsen Media.

Lutte contre l’injustice sociale

Lors de la convention d'investiture démocrate de 2004 à Boston, où John Kerry, candidat malheureux contre George W.  Bush, lui avait confié le discours vedette, Obama se positionnait déjà comme un candidat post-racial: "Il n'y a pas une Amérique noire et une Amérique blanche, une Amérique latino-américaine et une Amérique asiatique, il y a les États-Unis d'Amérique."

Dans son discours "une union plus parfaite" prononcé le mardi 18 mars 2008 dans la ville mythique de Philadelphie, l'ancien organisateur communautaire avait énoncé pour la première fois depuis le début de la campagne la question raciale aux États-Unis.  Il disait ceci:  "Il faut continuer, ensemble, à avancer.  Pour les uns "les Noirs", cela impliquera de ne plus se considérer essentiellement des victimes mais de prendre ses responsabilités, pour les autres "les Blancs", de reconnaître la réalité quotidienne laissée par les discriminations.  Pour tous, cela impliquera de s'unir contre l'injustice." 

En invitant le peuple américain sur le chemin de la reconstruction positive, cet homme de 47 ans a démontré que ce n'est pas parce qu'on est un Noir qu'on est condamné à vivre dans la misère et qu'on doit être persuadé d'avance que toutes les portes de la réussite sont fermées.  Grâce à sa persévérance et à son caractère fédérateur, Barack Obama, homme de consensus a su conquérir le coeur d'une écrasante majorité américaine (Noirs, Blancs, Hispaniques, Arabes, Asiatiques, etc).  L'époux de Michelle Obama a su prouver que le facteur racial pouvait être relégué au second plan dans toutes les sphères de la vie sociale.  Le message d'espoir qu'il a su porter en période de récession économique a rassuré la classe moyenne américaine et on ose croire que cela aidera le marché boursier à sortir de cette situation économique difficle dans les mois à venir. 

Le peuple américain a élu d'abord un président compétent noir qui inspire confiance, qui prône le dialogue, l'harmonie entre les peuples et le multilatéralisme dans les relations internationales.  Le Québec, de son côté, société pluraliste, interculturelle et ouverte sur le monde, devra lutter davantage contre la précarité et l'exclusion sociale des jeunes Noirs.  Une démarche inclusive qui renvoie ainsi un message très clair:  donner plus de visibilité aux modèles valorisants pour que ceux qui sont tombés dans le gangstérisme ne puissent plus continuer à recruter dans les îlots de la misère. 

Je suis persuadé que cette société que nous aimons tous et à laquelle nous sommes fiers d'appartenir ne laissera aucun de ses fils sur le bord de la route.  Il serait souhaitable que certaines recommandations du rapport de la commission Bouchard/Taylor puissent contribuer à élargir cette voie vers une réelle intégration citoyenne.

Oui, nous le pouvons!!! 


Doudou Sow, est sociologue de formation.  Il est spécialisé en Travail et organisation.  L'auteur est actuellement conseiller en emploi pour le projet Mentorat Québec-Pluriel au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé (Canada).  L'article ci-dessus a été publié en Europe en décembre 2008.  Doudou Sow peut être rejoint  à This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it .