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ENTREVUE EXCLUSIVE AVEC LA PLUS JEUNE DÉPUTÉE DE L’HISTOIRE DU QUÉBEC: CATHERINE FOURNIER PDF Print E-mail
Written by Patricia Turnier   
Saturday, 02 December 2017 00:00

Catherine Fournier est née (et a grandi) à Sainte-Julie (au Québec) le 7 avril 1992. Elle est issue d’une famille de trois enfants. Madame Fournier est dotée d’une maturité précoce à savoir que depuis son enfance, elle a commencé (sur son initiative) à s’informer sur l’actualité en lisant entre autres les journaux. Elle était donc déjà férue des nouvelles mondiales. À un très jeune âge, elle a décidé de devenir le maître de son destin et avait déjà compris l’importance de l’éducation. Madame Fournier évoque parfaitement la citation du Cid de Corneille: «Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années».

En 2010, Madame Fournier a fait une immersion au Texas plus précisément à Dallas en demeurant chez une famille américaine durant quelques mois. Ceci s’est fait dans le cadre d’un échange grâce à l'AFS Intercultural Programs. Cette expérience lui a permis d’avoir un regard extérieur sur le Québec et de prendre le pouls sur l’opinion des étrangers concernant la belle province. Elle a complété ses études secondaires au White High School à Dallas au Texas. En 2009, elle a obtenu son baccalauréat international de l’École d'éducation internationale, McMasterville.

Elle a ensuite obtenu une bourse d'excellence du Cégep1 du Vieux Montréal car elle avait la meilleure moyenne de son programme. Par la suite, elle a eu la Bourse d’accueil de l’Université de Montréal pour l’excellence de ses résultats académiques. Elle est aussi détentrice de la mention d’excellence pour le palmarès du Doyen de la Faculté des arts et des sciences de la même institution. En 2012, au cégep du Vieux Montréal elle a obtenu son diplôme d’études collégiales en sciences humaines en se spécialisant sur les questions internationales. De 2010 à 2012, elle s’est intéressée à l’enseignement en occupant le poste de tutrice à son cégep.

Concernant ses études supérieures, elle a obtenu un baccalauréat (B. Sc.) en sciences économiques (une majeure) et en science politique (une mineure) à l’Université de Montréal en 2014. Elle a été blogueuse pour Huffington Post Québec (de 2013 à 2016) et chroniqueuse politique (en 2014) pour la station radiophonique de Longueuil 103,3 FM ainsi que conférencière invitée à la CSN et au Centre canadien d'études allemandes et européennes.

L’un des premiers emplois de madame Fournier consistait à être serveuse dans un club de golf. Cette expérience lui a appris à aller vers les gens et à se sentir à l’aise avec le public, des atouts incontournables pour une future politicienne. Depuis le début de la vingtaine en 2011, Catherine Fournier a commencé à s’impliquer en politique active notamment après la défaite du Bloc Québécois au niveau fédéral. En 2015, à 23 ans elle fut la plus jeune candidate du Bloc Québécois (au début de la campagne) pour la nouvelle circonscription fédérale de Montarville (comprenant les villes de Sainte-Julie, Saint-Bruno-de-Montarville, Saint-Basile-le-Grand et la partie est de Saint-Hubert) en Montérégie—le Huffington Post Québec a rapporté en 2015 que le Bloc Québécois est le parti fédéral où l’on retrouve le plus de candidats âgés de moins de 30 ans, soit 23%. Il s’agissait de la campagne pour les élections fédérales d’octobre 2015 où elle a terminé en deuxième position. Elle a aussi été approchée pour briguer pour la chefferie de ce parti. 

Catherine Fournier s’est jointe au Parti Québécois en novembre 2015. Pierre Karl Péladeau était alors le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. À la fin de l’année 2015 jusqu’en 2016, elle était attachée-politique responsable des dossiers jeunesse au cabinet de l’ancien chef péquiste, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau. Elle était aussi responsable des communautés culturelles. Durant la même année, elle a également occupé la fonction de responsable du développement stratégique pour l’Agence Anthracite.

En septembre 2016, elle est devenue candidate du Parti Québécois dans la circonscription de Marie-Victorin. Le 5 décembre de la même année, lors de l’élection partielle pour le comté de Marie-Victorin à Longueuil, Catherine Fournier a été majoritairement élue avec un résultat de 52,49 % aux suffrages. À ce moment, elle était âgée de 24 ans et elle est ainsi devenue la plus jeune députée élue de l'histoire de l'Assemblée nationale du Québec. Elle a succédé au député Bernard Drainville. La campagne électorale avait duré six mois pour madame Fournier avant d’accéder à la députation car elle avait dû aussi passer à travers le processus d’investiture du Parti Québécois, qui l’opposait à cinq autres candidats, avant d’être finalement choisie par les membres du PQ, puis la population de Marie-Victorin après la campagne électorale officielle. Madame Fournier a été assermentée le 13 janvier dernier. Depuis lors, elle occupe la fonction de porte-parole de l’opposition officielle en matière d’habitation et de la protection des consommateurs. Elle est entre autres depuis le 12 avril dernier vice-présidente de la Section du Québec de l’Association parlementaire Ontario-Québec (APOQ) et membre de la Délégation de l’Assemblée nationale pour les relations avec les États-Unis (DANREU) depuis le 26 janvier 2017 ainsi que membre de la Commission des relations avec les citoyens depuis le 7 février 2017. Elle est aussi un membre de la section du Québec de l’Association parlementaire Québec-Louisiane (APQL). De plus, elle copréside la campagne de financement du Parti Québécois 2017 et siège à l’exécutif national du parti. Son parcours démontre plusieurs engagements communautaires et politiques.

La hausse du salaire minimum pour un montant de 15$ par heure, la diminution des prix pour les produits de base pour les femmes, une meilleure sécurité des trains chargés de pétrole font partie des préoccupations de la députée parmi d’autres. L’éducation est importante pour elle, à savoir qu’elle a offert des bourses pour encourager la persévérance scolaire et la participation dans la communauté. Elle en a donné plusieurs aux écoles dont 1000$ de bourses à deux écoles secondaires de Marie-Victorin. Elle est aussi une adepte du Salon du livre jeunesse de Longueuil. La députée a remis 13 500$ à ce salon pour distribuer des dizaines de livres jeunesses à chacune des écoles (primaires et secondaires) de sa circonscription. Sa passion pour la création du futur complexe culturel de Longueuil s’inscrit dans la continuité de son engagement auprès des jeunes.

Le Parti Québécois de madame Fournier a été créé en 1968 par l’ancien feu premier ministre René Lévesque que la députée admire. Il importe de noter que le Parti Québécois a permis de briser quelques plafonds de verre. Par exemple, il est le premier parti politique au Canada où l’un de ses membres, Dr Jean Alfred d’origine haïtienne a été élu député en 1976 à l’Assemblée nationale du Québec. Il possédait un doctorat en éducation. En 2012, la péquiste Pauline Marois est devenue la première femme première ministre au Québec. Grâce au Parti Québécois, Maka Kotto a été le premier homme noir à devenir ministre en 2012 dans la belle province. Faisant partie de la génération X, j’aimerais ajouter que le défunt Jacques Parizeau, ancien premier ministre péquiste a été le premier politicien dans ma vie qui a été vers les jeunes (pour prononcer un discours) lorsque je fréquentais à 16 ans le Collège (cégep) André-Grasset.

Par l’intermédiaire du Bloc Québécois (dont madame Fournier faisait partie) Vivian Barbot est devenue la première femme d’origine haïtienne députée au Canada, plus précisément à la Chambre des communes. Elle est aussi devenue en 2011, la première noire dans cette nation à être présidente d’un parti politique, c’est-à-dire le Bloc Québécois.

En bref, Madame Fournier occupe les fonctions suivantes (parmi d’autres): Députée de Marie-Victorin pour le Parti québécois, Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’habitation et en matière de protection des consommateurs. Dans le passé, elle a également rempli plusieurs fonctions à titre d’exemples: conseillère représentante des membres au bureau national du Bloc Québécois (de 2011 à 2015), planificatrice pour les « lundis québécois » du Centre communautaire de loisir de la Côte-des-Neiges en 2013, présidente pour le Mouvement des étudiants souverainistes de l’Université de Montréal (de 2013 à 2015), accompagnatrice dans les résidences pour aînés (de 2004 à 2009), etc.

En sus, elle possède un beau site officiel et moderne www.catherine-fournier.quebec/ comprenant les principaux réseaux sociaux. Madame Fournier a déclaré aux médias qu’il importait pour elle de rejoindre les jeunes. Pour la députée, la politique donne l’occasion d’établir un contact humain privilégié. Il s’agit d’un moyen permettant de rentrer en relation avec autrui, de s’exprimer via diverses plateformes y compris au niveau virtuel tout en conscientisant.

Nous avons rencontré madame Fournier (pour la première fois) durant la soirée du 19 mai dernier à la Maison de l’Afrique. Elle était présente avec son attaché de presse pour la projection du film marocain Tassanou Tayrinou. Cet événement a eu lieu dans le cadre de la 4e édition des journées de l’Afrique méditerranéenne. La présence de la députée et d’un membre de son équipe démontrent leurs intérêts pour les communautés culturelles.

Il sera fort intéressant pour le public de découvrir dans l’avenir quels autres plafonds de verre qui seront brisés par cette audacieuse jeune femme. Cette dernière est humble. L’entrevue a eu lieu face à face et sans entourage au bureau de son comté le 6 septembre dernier. Nos lecteurs auront la chance de découvrir dans cet entretien un scoop qui nous a été révélé par la députée. Celle-ci a fait preuve de générosité au courant de notre entrevue. Nous vous invitons à découvrir cette jeune femme ambitieuse, intelligente et élégante.  Propos recueillis par Patricia Turnier, rédactrice en chef de www.megadiversite.com et détentrice d’une maîtrise en droit, LL.M.

P.T. Quel genre d’enfant avez-vous été? Étiez-vous très studieuse, etc.?

C.F. J’ai toujours été une enfant très curieuse ce qui je crois a contribué à mon éveil intellectuel jusqu’à présent. Petite, j’étais un leader. Par exemple, j’étais toujours celle qui décidait avec mes amis quels jeux auxquels nous allions participer et quels rôles on incarnerait. Je faisais cela sans chercher à avoir du contrôle. J’aimais organiser des spectacles en interprétant le personnage principal [rires]. J’avais certains traits de caractère qui sont toujours présents aujourd’hui et qui me servent. Concernant les études, j’ai toujours aimé l’école. Au secondaire2, j’ai fréquenté l’école internationale qui est sélective. Elle fait partie du secteur public et j’ai dû passer des tests d’admission. Par contre, en me comparant à certains de mes amis j’avais tendance à étudier à la dernière minute mais je trouvais l’école stimulante et je m’y plaisais. J’adorais apprendre. Au fait, je dirais que c’est au Cégep du Vieux Montréal que j’ai eu la plus grande motivation parce que j’aimais vraiment mon programme intitulé questions internationales en sciences humaines. J’étais passionnée par mes cours et j’avais envie de donner mon 110%. Cela me poussait à être davantage studieuse qu’au secondaire. Ceci m’a été bénéfique parce que j’ai gagné une bourse (à la fin de mes études collégiales) pour avoir eu la meilleure moyenne de mon programme. J’ai aussi obtenu une bourse d’accueil à mon entrée universitaire pour avoir obtenu d’excellentes notes académiques au Cégep.

P.T. Vous avez été admise à l’UDM.

C.F. Exactement! Plus précisément en économie et politique. Au fait, j’ai commencé en politique et j’ai décidé après de concentrer davantage mes études en sciences économiques. J’ai donc obtenu une mineure en sciences politiques et une majeure en sciences économiques. J’estime avoir été très studieuse durant mon cursus universitaire sauf peut-être pour ma dernière année [rires]. Pendant cette période, j’étais très prise en politique active ce qui m’a contrainte à faire des choix. J’avais aussi décidé de faire mon bac plus rapidement. Habituellement, cela prend trois ans mais je l’ai fait en deux ans en plus d’une session estivale.

P.T. Wow!

C.F. C’était très intense! Il m’arrivait de prendre six cours dans une session et je consacrais 40 heures hebdomadairement en politique. Depuis ce temps, je n’ai pas beaucoup ralenti mon mode de vie [rires].

P.T. Lorsque vous avez dit plus tôt que vous étiez un leader, avez-vous occupé par exemple la position de la présidence pour une association étudiante?

C.F. Il n’y avait pas de conseils scolaires au primaire3. Par conséquent, je ne pensais pas à cela. Au secondaire, il y en avait mais comme bien des adolescents je me cherchais un peu. Cela ne passait donc pas par l’esprit. Au fait, c’est vraiment plutôt durant mon enfance que j’avais un tempérament de leader avec mes cousines, mes amis et ma fratrie.

P.T. Avez-vous toujours eu le sens du dépassement de soi? Le renforcement positif faisait-il partie intégrante de votre éducation à la maison?

C.F. Définitivement! J’ai toujours aimé aller de l’avant. J’ai eu et j’ai toujours la chance d’avoir des parents extraordinaires. Je n’aurais pas pu rêver mieux. Ma famille est très unie. J’estime avoir reçu une excellente éducation. Mes parents ne m’ont jamais demandé ou n’avaient pas comme attente que j’aille vers une direction précise. Ils ont énormément respecté mes choix.

P.T. Vous sentez qu’ils vous ont aimée comme vous étiez de façon inconditionnelle.

C.F. Exactement! Nos parents nous le disaient d’ailleurs très souvent. J’ai toujours ressenti qu’ils m’ont témoigné un amour inconditionnel. Mes parents sont très ouverts. Ils n’avaient pas de problèmes pour l’orientation sexuelle, professionnelle, etc. que nous souhaitions prendre. Mes deux plus jeunes frères ressentent la même chose. Ils sont dans le secteur de la construction et ils ont toujours eu l’impression que nos parents souhaitaient que nous fassions dans la vie ce qui nous rendrait heureux. Pour mes parents, qu’on prenne la voie universitaire ou autre c’était correct et ils nous appuieraient dans nos choix. J’ai un parcours totalement différent de mes frères. Ces derniers ont complété un DEP4 et comme vous le savez j’ai choisi la voie universitaire. Ceci ne représente aucun problème pour mes parents. Ils n’ont jamais porté un jugement sur nos choix.

P.T. Qu’en est-il du renforcement positif?

C.F. L’ambiance familiale a toujours été dans ce registre. Je me suis toujours sentie encouragée. Petite par exemple, j’aimais beaucoup le théâtre. Mes parents m’ont toujours témoigné leur fierté lorsque je participais aux pièces. Dès que j’ai eu l’âge de faire du théâtre (c’est-à-dire à 7 ans), mes parents m’ont inscrite. En bref, je me suis toujours sentie appuyée dans mes projets. Par exemple, la politique n’est pas la tasse de thé de mes parents [rires] (parfois, ils se demandent comment cela se fait que je suis impliquée dedans). Par contre, ils m’ont soutenue durant mes campagnes selon ce qu’ils souhaitaient faire. Par exemple, mes frères et mes parents ont mis des pancartes. Ma mère m’a accompagnée pour le porte-à-porte. Même si ce n’était pas dans leurs champs d’intérêt, ils m’ont appuyée. Tous les membres de ma famille immédiate n’ont prêté main-forte.

P.T. Je suis certaine qu’ils ont beaucoup appris de ces expériences.

C.F. Tout à fait! Mes parents s’intéressent maintenant davantage à la politique.

P.T. J’imagine que vos parents sont aussi des gens positifs et ils vous ont transmis cela. Il existe malheureusement des parents qui ne rêvent plus et n’ont pas d’espoir pour leurs enfants.

C.F. Mes parents ont toujours été des personnes positives et cela a définitivement eu une influence sur ma vie. J’ai eu indéniablement la chance de grandir dans une famille heureuse. J’ai été choyée. Mes parents sont un modèle de couple enviable. Ils sont toujours amoureux [rires] et leur bonheur est contagieux. Ils sont mariés depuis 28 ans. Lorsque mes amis nous visitent, ils appellent notre foyer « la maison du bonheur ». Nous avons une belle famille et je me considère chanceuse d’avoir pu grandir parmi elle.

P.T. D’après ce que je comprends, vos parents n’ont pas non plus fait de différences entre vous et vos frères.

C.F. Non. Je n’ai jamais senti qu’ils faisaient une différence au niveau du genre. Mes parents n’ont pas fait d’études supérieures. Peut-être que cela a joué un peu. Je sais que pour plusieurs amis qui avaient des parents universitaires, ces derniers avaient cette exigence pour leurs enfants. Mes parents n’avaient pas nécessairement cette vision pour leur progéniture. Ils ont focalisé sur le fait que l’on se réalise de manière à ce que l’on soit le plus heureux dans la vie.

P.T. Depuis votre enfance, vous avez commencé à lire les journaux et à vous intéresser à la politique. Qui vous a influencée dans votre milieu familial, scolaire, etc.?

C.F. J’ai commencé à lire un quotidien régulièrement chez nous parce que mes parents avaient pris un abonnement avec l’un des journaux québécois. La lecture m’intéressait réellement. Je fréquentais souvent la bibliothèque locale pour lire des ouvrages sur la nature. J’aimais aussi m’informer en écoutant des documentaires sur le Canal-D.

J’ai été beaucoup marquée par les attentats du 11 septembre 2001. J’avais 9 ans à l’époque. Je me tenais au courant et je lisais d’autres nouvelles de l’actualité. Cela m’a permis de développer une culture générale. Depuis longtemps j’ai une curiosité intellectuelle.

P.T. Nommez-nous entre un et trois professeurs qui ont cru en vous. De plus, partagez avec nous ce que vous avez apprécié en eux.

C.F. Il s’agit d’une très bonne question! La première qui me vient à l’esprit est mon professeur de la maternelle. Elle s’appelait Nathalie Talbot. Je l’ai beaucoup aimée. Nous avons correspondu pendant des années. J’ai donc eu un contact à long terme avec elle. Cette enseignante a ainsi été significative pour moi. Elle m’a définitivement aidée à apprécier davantage l’éducation.

La deuxième personne est Stéphane Thellen, un professeur de sociologie au Cégep du Vieux Montréal. Ses connaissances m’ont permis de forger mes opinions politiques. Il était de gauche et s’identifiait beaucoup au parti Québec solidaire. J’ai toujours gardé de très bons liens avec lui. Il s’agit définitivement d’une personne sur mon chemin qui m’a influencée et inspirée.

La troisième personne est Juan Carlos Aguerre qui est aussi un enseignant en sociologie. Il est d’origine chilienne et il provient également du Cégep du Vieux Montréal. Durant ses cours, il parlait beaucoup de la sociologie de la société québécoise. Il avait un grand intérêt pour la souveraineté. Je garde un excellent souvenir de lui.

P.T. En 2015, vous avez été vice-présidente du Bloc Québécois. Quel bilan faites-vous de cette expérience et qu'avez-vous appris?

C.F. C’est une autre très bonne question! J’ai par contre été sur ce poste uniquement pendant deux mois, il est donc difficile de faire un bilan. Pour le peu de temps où j’ai occupé la fonction de vice-présidente, je peux dire que j’ai appris bien des choses entourant particulièrement la question des finances. On doit aussi à la fin de la campagne organiser un bilan et prendre du recul. Le poste de vice-présidence était bénévole.

P.T. C’est vraiment intéressant que vous vous soyez impliquée de façon non rémunérée! Cela démontre votre intérêt pour la politique et le bénévolat permet souvent d’apprendre beaucoup ce qui a été votre cas. De plus, le bénévolat ne passe jamais inaperçu dans un CV.

C.F. Tout à fait! Cette expérience a réellement été enrichissante pour moi et elle m’a permis de me familiariser davantage avec les rouages du milieu politique.

P.T. Vous avez prononcé cette belle phrase aux médias: « mon élection comme plus jeune femme députée de l’histoire de l’Assemblée nationale a démontré la capacité du Parti Québécois de faire le pont entre les générations ». Pouvez-vous élaborer davantage là-dessus?

C.F. Mon élection en tant que la plus jeune femme députée de l’histoire du Québec prouve que mon parti sait faire une place aux jeunes et les écouter. Nos voix importent pour le Parti Québécois. Depuis les années 80, l’âge moyen des députés est élevé. Actuellement, il est de 53 ans. Ceci signifie que la catégorie des jeunes est peu représentée à l’assemblée nationale. Il serait important que les différents groupes d’âge soient équitablement représentés. Ma présence prouve que mon parti est capable de mettre en place une passerelle entre les générations. Les jeunes seront les leaders de demain et notre participation est essentielle.

P.T. L’Internet vous a certainement aidée dans votre campagne pour vous faire élire en tant que députée. Pouvez-vous partager avec nous comment votre visibilité virtuelle (le fait d’être sur LinkedIn, etc.) a eu un impact sur votre carrière politique? Aviez-vous par exemple dû faire appel à une firme spécialisée pour gérer notamment vos comptes FB et Twitter?

C.F. C’est moi qui gère entièrement ma présence sur les réseaux sociaux.

P.T. C’est impressionnant! Combien de temps par semaine accordez-vous à cela?

C.F. Je consacre environ quinze heures par semaine. Je réponds personnellement sur Facebook. Il importe pour moi de prendre le temps de répondre au public. Je valorise beaucoup le fait de gérer les différentes technologies via les moyens de communication. Je ne souhaite pas avoir affaire à des intermédiaires.

Je crois que cela a définitivement été un avantage pour moi d’avoir une présence virtuelle parce que cela m’a permis de me faire remarquer de façon non traditionnelle en politique. J’ai jugé important d’assurer une présence constante sur les réseaux sociaux. Cela m’a ouvert des portes en me donnant des opportunités tout en élargissant mon réseau de contacts. Les vendredis soirs, j’organise une assemblée virtuelle de concitoyens sur Facebook. Cela me permet de prendre le pouls de la population et d’être à son écoute.

Selon les statistiques, je suis la dixième députée la plus suivie sur Facebook au Québec. Ces résultats démontrent que mon implication virtuelle (sur Instagram, etc.) est efficace et a dû certainement porter ses fruits dans mon cheminement politique.

P.T. Vous avez brisé le plafond de verre en devenant la plus jeune femme députée de toute l’histoire du Québec. Cela représente quoi pour vous? De plus, vous avez certainement rencontré sur votre chemin des défaitistes durant votre campagne. Comment avez-vous fait pour ignorer leur scepticisme et continué votre voie pour croire qu’il était possible de devenir une députée si jeune.

C.F. C’est spécial pour moi d’avoir réussi à devenir la plus jeune députée du Québec. Curieusement, j’ai rencontré très peu de défaitistes. J’imagine que j’ai été chanceuse. J’ai senti que les gens m’ont fait confiance. Les sceptiques qui se sont retrouvés sur mon chemin ont été rares et j’ai tendance à faire abstraction des propos négatifs. Cela leur appartient. Je savais que si je remportais la campagne je briserais le plafond de verre mais je me suis arrangée pour ne pas me laisser intimider par cela et je gardais espoir que ce serait possible d’accéder à ce poste.

P.T. S’il vous plaît, nommez-nous entre une et trois politiciennes québécoises mortes ou vivantes que vous admirez et faites-nous savoir pourquoi.

C.F. Je commencerai évidemment par nommer l’ancienne première ministre québécoise Pauline Marois qui passe à l’histoire en étant devenue la première femme au Québec à occuper cette fonction. Je trouve impressionnant de constater dans son parcours professionnel qu’elle s’est retrouvée à la tête de tous les grands ministères. La deuxième femme que je souhaite nommer est ma collègue Véronique Hivon, députée de Joliette pour le Parti Québécois. Elle m’inspire dans mon travail quotidien. La troisième femme est Marie-Claire Kirkland-Casgrain. Cette juriste était présente en politique dans un monde d’hommes. Par exemple, de 1961 à 1973, elle était la seule femme membre du gouvernement au Québec. Je la considère comme une pionnière qui a fait montre de beaucoup de courage en devenant entre autres la première femme députée et la première femme ministre membre du Conseil des ministres au Québec. Elle a défendu la cause des femmes et a fait adopter des lois favorisant leur avancement dans la société comme celle portant sur la capacité juridique de la femme mariée durant les années soixante.

P.T. Vous avez déclaré aux médias faire de la politique de conviction plutôt que de carrière. Pouvez-vous élaborer cela?

C.F. J’ai choisi de faire de la politique parce que j’ai des idées, des principes et des projets pour notre futur pays. En d’autres mots, mon implication en politique s’inscrit dans la continuité de faire du Québec une nation indépendante. Je n’ai jamais perçu la politique comme étant une carrière. Je crois fermement à la souveraineté future du Québec. Par conséquent, encore une fois il s’agit davantage pour moi d’une conviction.

P.T. Quelle appréciation faites-vous de votre expérience depuis que vous êtes devenue députée en 2016?

C.F. Le temps passe vraiment rapidement. Jusqu’à présent, j’estime avoir une très bonne expérience. J’ai réellement été bien accueillie par l’Assemblée nationale quel que soit le parti politique. J’apprécie la diversité des rôles et fonctions que mon poste me permet d’accomplir. En bref, il s’agit d’une riche expérience pour moi me donnant la possibilité de mettre à profit mes connaissances au service de mes concitoyens.

P.T. Parlez-nous des dossiers les plus importants que vous devez mener en tant que députée.

C.F. Les logements sociaux demeurent une priorité car dans mon comté il existe des concitoyens vivant dans des situations précaires. La majorité des citoyens de mon comté sont des locataires ce qui sous-entend qu’ils n’ont pas accès à la propriété en raison de leurs faibles revenus. L’habitation représente donc un de mes dossiers importants. Le chef de l’opposition officielle de mon parti, Jean-François Lisée m’a confié comme dossier la protection des consommateurs au sein du cabinet fantôme. J’aurai aussi à m’occuper de la condition féminine et de la communauté LBGTQ+. Ceci me permettra d’avoir contact avec différents groupes et de relever de beaux défis.

P.T. Vous avez dit aux médias qu’il importait pour vous de faire entendre les préoccupations de votre génération à l’Assemblée nationale. Pouvez-vous élaborer là-dessus tout en partageant avec nous les principales inquiétudes de la génération Y et quelles solutions envisagez-vous?

C.F. Je pense que l’environnement est un enjeu très important pour ma génération. L’accès à la propriété, la conciliation travail-famille, l’amélioration des normes du travail ainsi que le télétravail représentent d’autres préoccupations pour notre génération. Je crois qu’obtenir entre autres davantage de flexibilité au niveau de la conciliation travail-famille améliorera la qualité de vie des jeunes familles. Concernant l’accès aux biens immobiliers des jeunes, il existe des programmes pouvant faciliter cela. Il importera de focaliser sur l’éducation collective afin d’obtenir des changements en ce qui a trait à l’ensemble des problématiques que je viens de nommer.

Pour résumer, à mon avis la protection de l’environnement, une société plus équitable, la conciliation travail-famille et l’accès à la propriété font généralement partie des préoccupations et des valeurs défendues par les jeunes de ma génération. La politique représente un levier majeur pour répondre à leurs besoins.

P.T. Quels sont les projets de loi pour lesquels vous êtes impliquée? Lesquels sont les plus importants pour vous et pourquoi?

C.F. Pour l’instant, le projet de loi 134 (pour lequel la ministre de la justice Stéphanie Vallée est l’auteure) est le seul dont j’ai été impliquée. Ce projet concerne la protection des consommateurs sur les crédits. Il vise à protéger davantage les consommateurs les plus vulnérables tout en cherchant à combattre leur endettement. Le projet de loi offre un encadrement plus strict au niveau des fournisseurs de crédit à coût élevé et des commerçants prodiguant des services de règlement de dettes. En bref, le secteur du crédit doit être mieux réglementé pour la protection des consommateurs.

P.T. Décrivez-nous les caractéristiques (démographiques, socio-économiques, etc.) et les principales préoccupations de la population de Marie-Victorin que vous desservez. Partagez aussi avec nous les pistes de solutions que vous envisagez pour votre comté.

C.F. Il y a plus de 46 000 citoyens dans mon district. La majorité est catholique, soit environ 64%. 40% de la population est âgée de 35 à 64 ans. 63% de mes concitoyens sont en âge de travailler et presque 58% des gens âgés de plus de 15 ans font partie de la population active (selon Statistique Canada, le taux de chômage en Montérégie est de 4.5% en 2017). La population de Marie-Victorin n’est pas très aisée. Le Vieux Longueuil est plus riche. Il existe de nombreux défis socio-économiques à relever dans le reste de mon comté. Le revenu médian des ménages est d’environ 47 000$. L’habitation représente une des priorités de la population. Elle constitue 21% de leurs dépenses de consommation courante. Actuellement, il y a 2000 personnes sur la liste d’attente pour accéder à des loyers modiques. Environ 70% des citoyens de Marie-Victorin sont des locataires. Le taux de propriété, soit 30% est inférieur à celui des Montréalais. Les immigrants représentent environ 28% (dont 37% d’immigrants récents) de mon district. Les Maghrébins particulièrement les Algériens constituent la majorité des immigrants de mon comté. Approximativement 74% de mes concitoyens sont francophones. Ce pourcentage est supérieur à celui de Montréal. Les diplômés universitaires représentent 30% de la population comparativement à environ 33% pour les Montréalais.

J’ajouterais que mis à part l’habitation, la culture, l’éducation et la santé constituent d’autres questions importantes pour mes concitoyens. Par exemple, à propos de la santé des cliniques spéciales en soins infirmiers doivent être mises sur pied. Elles seront au service de la population. Il s’agit d’une proposition phare du Parti Québécois.

P.T. Vous avez mentionné qu’il importait pour vous de faire avancer la cause des femmes et des citoyens de Longueuil. Pouvez-vous en parler davantage en incluant la situation des femmes âgées (particulièrement celles qui sont toujours sur le marché du travail et celles à la retraite)?

C.F. Je crois qu’il doit y avoir davantage de femmes au pouvoir puisque nous formons la moitié de la population. Plus nous serons nombreuses, plus nous serons davantage entendues. La loi sur l’équité salariale représente un dossier important pour moi car elle vise à corriger les disparités salariales liées à la discrimination systémique basée sur le sexe chez les personnes occupant un emploi dans les domaines majoritairement féminins Il y a encore beaucoup de chemin à faire. Dans mon comté par exemple, les femmes gagnent quelques milliers de dollars de moins au niveau salarial que les hommes chaque année. Cette situation a un impact certain sur les familles et aura des conséquences à long terme sur le fonds de pension de ces femmes. Selon Statistique Canada, en 2016 on comptabilisait dans mon district 20.6% de familles monoparentales dont la majorité des parents seuls sont de sexe féminin, soit 16.5%. Mener une lutte contre la pauvreté demeure donc une priorité. D’ailleurs, je suis membre du Trio Solidarité en Action de mon parti qui a pour mandat de se rendre sur le terrain afin d’aller à la rencontre des organismes communautaires et des groupes pour développer une politique de lutte contre la pauvreté.

Les travailleuses âgées et les femmes âgées subissent de l’âgisme. Les aînées sont davantage isolées. Leurs espérances de vie sont plus élevées mais elles ne sont pas nécessairement entourées. J’ai vécu avec ma grand-mère pendant 13 ans. Cela a représenté une expérience extraordinaire et très enrichissante. Malheureusement, plusieurs aînés n’ont pas la chance ou la possibilité de vivre avec les membres de leurs familles.

La santé représente un autre point important. Au fait, elle est reliée à la pauvreté car par exemple, lorsque l’on est défavorisé, on peut malheureusement avoir à choisir entre l’achat de médicaments ou de nourriture. De plus, quand on a un meilleur revenu, on a la possibilité de s’alimenter plus adéquatement. Je consulte le public avec mon équipe afin de mieux connaître les besoins de la population et leurs doléances dans le but d’apporter des solutions concrètes.

P.T. Les jeunes sont généralement sous-représentés en politique. Quelles stratégies croyez-vous qu’il faut utiliser pour remédier à cette situation?

C.F. La contribution des jeunes en politique est très importante pour l’avenir et ils doivent être informés tout en prenant leur place pour se faire entendre. ¨Plusieurs décisions qui sont prises par les dirigeants peuvent avoir un impact direct et à long terme sur notre société, par conséquent les jeunes doivent participer s’ils souhaitent voir des changements rencontrant leurs visées.

Les plus vieux peuvent aussi tendre la main aux jeunes. Les différents partis politiques ont une responsabilité. Au fait, à mon avis la responsabilité doit être partagée entre les différentes générations.

P.T. Pour nos jeunes lecteurs souhaitant suivre votre trace, s’il vous plaît expliquez-nous vos principaux rôles et fonctions.

C.F. Les fonctions d’une députée sont multiples. L’une parmi elles consiste à développer des projets de loi et/ou des règlements. Au fait, j’exerce un rôle de législateur où je dois étudier, prospecter et voter entre autres des projets de loi.

Une députée peut être appelée à participer à diverses activités de sa circonscription, être présente aux conseils d’administration, collaborer avec plusieurs organismes (communautaires, etc.), entreprises, entretenir des liens avec la société civile et ainsi de suite. Rencontrer différents acteurs et être présente en ligne me permettent de prendre le pouls des concitoyens de mon comté afin de pouvoir mieux les représenter. Les citoyens peuvent venir me consulter ou l’un des membres de mon équipe pour différentes raisons: la sécurité du revenu, une demande financière pour les études, la régie du logement ou des rentes, le réseau de la santé et des services sociaux, Hydro-Québec, etc. Je suis aussi appelée à défendre les dossiers de mon comté particulièrement dans le cadre des débats parlementaires auprès des ministres et des fonctionnaires. Tout ceci résume mes principales tâches qui sont de nature institutionnelle et partisane.

P.T. Quels conseils avez-vous pour les gens (spécialement les femmes et les jeunes) désirant suivre votre chemin?

C.F. Je dirais qu’il importe d’avoir confiance en eux et de ne pas porter attention aux défaitistes. Il faut ne pas avoir peur de foncer et d’être prêt à apprendre de ses erreurs. En politique, il est important de développer des compétences en communication, savoir mobiliser les autres, être bien entouré d’une équipe et être à l’écoute des citoyens.

P.T. Êtes-vous intéressée à écrire un livre dans l’avenir? Si oui, quel serait votre sujet de prédilection?

C.F. Vous allez avoir un scoop! L’automne prochain mon premier livre sortira sur le marché. C’est prévu pour le mois de novembre. Le titre sera L’audace d’agir publié par les éditions Somme Toute. Je traiterai surtout des défis entre les générations et comment s’y prendre pour les surmonter. Il s’agira d’un ouvrage d’environ 200 pages.

P.T. J’ai observé que notamment depuis Obama, il semble que ce soit devenu de façon officieuse un passage obligé pour les politiciens d’écrire un livre. Qui préfacera votre ouvrage?

C.F. Cela demeurera une surprise. C’est un secret [rires].

P.T. Je vous remercie pour cette riche entrevue et pour nous avoir accordé du temps.

C.F. Vous faites vraiment des entrevues intéressantes et perspicaces.

P.T. Merci!

Le livre L’audace d’agir est disponible à ce lien https://www.leslibraires.ca/livres/l-audace-d-agir-catherine-fournier-9782924606711.html

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1 Au Québec, un collège d'enseignement général et professionnel (CÉGEP) est un établissement d'enseignement collégial habituellement public où l’on donne des formations techniques (pendant trois ans) et préuniversitaires (durant deux ans).

2 Le cycle secondaire au Québec représente la 7eà la 12e année d’études (normalement, durant cette période les élèves sont âgés de 12 à 17 ans)

3 Au Québec, l’enseignement primaire correspond à la première année de scolarité jusqu’à la sixième

4 Le DEP au Québec est un diplôme d’études professionnelles visant les métiers comme la plomberie, coiffure, cuisine, etc. notamment dans le domaine de la santé et de la construction.